Prix affiché, estimation, prix payé : trois chiffres différents
Un prix d’annonce est une intention, une estimation est le produit d’un modèle, un prix enregistré est un fait. Les trois circulent sous le même nom, et savoir lequel on lit est la première chose à faire.
Trois chiffres circulent en France sous le nom de « prix immobilier », et ils ne mesurent pas la même chose. Le prix d’une annonce, l’estimation d’un outil en ligne, et le prix inscrit dans un acte. Ils diffèrent régulièrement de plusieurs pour cent, parfois de beaucoup plus, et l’essentiel des désaccords entre sources vient de là.
| Question | Prix affiché | Estimation | Prix payé |
|---|---|---|---|
| Ce que c’est | Une intention de vendeur | La sortie d’un modèle | Un fait enregistré |
| Existe pour un bien hors vente | Non | Oui | Non |
| Disponibilité | Immédiate | Immédiate | Différée de plusieurs mois |
| Vérifiable par un tiers | Non | Rarement | Oui, sur le registre |
| Qui le publie | Les portails d’annonces | Les outils en ligne | L’administration fiscale |
1. Le prix affiché
C’est une intention de vendeur, fixée avant toute négociation. Son avantage est d’être immédiatement disponible : une annonce existe le jour où elle est publiée, alors qu’une vente met des mois à être enregistrée.
Son défaut est d’être un espoir. Un bien affiché, baissé deux fois puis vendu contribue son prix initial aux statistiques d’annonces et son prix final à aucune, sauf à figurer dans un registre. En marché baissier, les prix affichés précèdent les prix payés et l’écart s’élargit ; en marché haussier, l’inverse.
2. L’estimation
C’est la sortie d’un modèle. Son avantage est d’exister pour des biens qui ne sont pas en vente, c’est-à-dire l’immense majorité, et d’être instantanée.
Son défaut est qu’elle ne vaut que ce que valent ses comparables et son modèle, et que ni l’un ni l’autre n’est en général publié. Quand une estimation et un prix payé divergent, rien dans l’estimation ne dit laquelle de ses hypothèses a échoué.
3. Le prix payé
C’est ce qui figure dans l’acte, enregistré par l’administration. Sur la dernière fenêtre, cela représente 808 552 ventes et une médiane de 2 592 €/m². C’est le chiffre le plus difficile à contester, parce que la transaction a eu lieu.
Ses deux limites sont structurelles. Il est tardif : une vente n’entre au registre qu’une fois enregistrée, et le registre lui-même est publié deux fois par an. Et il est lacunaire : il n’existe que pour les logements qui ont changé de mains, donc il ne dit rien directement du parc qui n’a pas bougé.
Quel délai sépare l’annonce de l’acte ?
Entre le prix affiché et le prix enregistré s’écoulent la négociation, le compromis, le délai de rétractation, l’obtention du prêt et le passage chez le notaire, puis l’enregistrement de l’acte et sa consolidation dans la parution suivante du registre. Plusieurs mois au total, souvent davantage. Les deux chiffres ne décrivent donc jamais le même moment du marché : quand une source d’annonces et une source d’actes divergent, une partie de l’écart est simplement du temps.
Ce décalage n’est pas un défaut à corriger, c’est une propriété à connaître. Il explique pourquoi les retournements de marché se lisent d’abord dans les annonces et ne se confirment que plus tard dans les actes, et pourquoi ce site date chaque figure plutôt que de la présenter comme « le prix actuel ».
Pourquoi ce site ne publie-t-il pas d’estimations ?
Parce que ce sont deux métiers, et qu’un seul des deux est vérifiable. Ce site publie des statistiques dérivées de ventes constatées : des médianes, des volumes, des intervalles, lisibles dans les données publiées. Il ne publie pas d’estimation de votre bien, et n’en publiera pas : estimer demande des hypothèses sur un logement précis que le registre ne porte pas, à commencer par son état. Un chiffre agrégé honnête et daté vaut mieux, pour décider, qu’une estimation précise dont personne ne peut vérifier les hypothèses.
Cette position a une conséquence lisible sur chaque page : là où la donnée est trop mince pour porter une statistique, la page le dit au lieu d’afficher un chiffre. Combien de ventes il faut pour qu’un prix veuille dire quelque chose est une question qui a une réponse, et elle décide de ce qui est publié ici.
Comment savoir lequel vous lisez ?
- Le chiffre existe-t-il pour un bien qui n’est pas en vente ? Alors il est modélisé. Il n’y a pas de troisième possibilité.
- Le site donne-t-il un nombre de ventes ? Un éditeur qui affiche un prix local sans son dénominateur a fait un choix.
- À quelle date s’arrête la donnée ? Une source qui affiche « août 2026 » sur un registre publié deux fois par an affiche autre chose que le registre.
- Le mois figure-t-il dans le titre ? C’est la convention du marché français et elle est souvent en avance sur la donnée qu’elle décrit.
Lequel utiliser ?
Pour savoir si le marché tourne, les annonces d’abord : elles sont bruyantes et en avance, et c’est exactement ce qu’on leur demande. Pour savoir ce que les biens se vendent, le registre. Pour juger un bien précis, aucun des trois seul : il faut un prix local au m², une surface et la discipline de comparer ce qui est comparable.
Chiffres arrêtés à décembre 2025. Ce site ne publie que la troisième catégorie, et dit ce qu’elle contient.
Sources
- Demandes de valeurs foncières géolocalisées, Etalab et Direction générale des finances publiques
Un registre de mutations enregistrées : des prix payés, pas des prix demandés.
Licence Ouverte 2.0, complétée par les conditions d’utilisation de la DGFiP.
- Indices Notaires-Insee des prix des logements anciens, Insee et Notaires de France
La référence publique sur les prix effectivement constatés, construite sur les actes.
Voir dans les données
Les zones dont cet article lit les chiffres, avec leur médiane du moment.