Combien de ventes faut-il pour qu’un prix veuille dire quelque chose ?
Tous les sites affichent un prix pour toutes les communes. Très peu disent où la donnée est trop mince pour en publier un. Où passe la limite, pourquoi elle existe, et pourquoi en France elle relève aussi du droit.
Une médiane calculée sur 600 ventes décrit un marché. Une médiane calculée sur six décrit six maisons. Entre les deux passe une limite, et la question intéressante est de savoir où elle se trouve et ce qu’un éditeur honnête fait du mauvais côté.
Ce site publie un prix pour 4 251 communes sur les 30 346 qui ont enregistré au moins une vente, soit 14 %. Les autres n’affichent pas de chiffre, et c’est délibéré.
Pourquoi un seuil, et pas un chiffre pour tout le monde ?
La précision. Une médiane issue d’un petit échantillon oscille. L’intervalle qui l’entoure s’élargit à mesure que l’échantillon rétrécit, et à faible effectif le chiffre peut bouger de plusieurs pour cent d’une publication à l’autre sans qu’aucun prix n’ait bougé. À l’échelle nationale, sur 30 346 communes, l’intervalle à 95 % de la médiane tient dans 2 590 € à 2 600 € : cette étroitesse-là est ce qu’achètent des centaines de milliers de ventes, et une commune ne l’a pas.
La représentativité. Un petit échantillon n’est pas seulement imprécis, il est sélectionné. Dans une commune peu active, les quelques biens vendus peuvent être ceux qu’il fallait vendre, ce qui n’est pas la même population que le parc.
La ré-identification. À mesure que l’échantillon se réduit, une statistique publiée se rapproche d’une affirmation sur des transactions individuelles, donc sur des personnes. En France ce n’est pas un scrupule : les conditions de réutilisation du registre l’interdisent explicitement.
Où passe la limite sur ce site ?
Une commune publie une médiane à partir de 30 ventes sur la fenêtre. En dessous, rien n’est publié, et la page le dit plutôt que d’afficher un chiffre construit sur une poignée de transactions. Les déciles demandent davantage que la médiane, parce qu’un quantile de queue est estimé sur beaucoup moins d’observations que celui du milieu : une commune peut donc afficher une médiane sans fourchette, et c’est le résultat honnête et non une fonctionnalité manquante.
Que reste-t-il publié à chaque échelle ?
| Échelle | Zones | Ce qui est publié |
|---|---|---|
| France entière | 1 | Médiane, intervalle, déciles, tranches |
| Régions | 17 | Médiane, intervalle, découpages |
| Départements | 97 | Médiane, intervalle, découpages |
| Communes au-dessus du seuil | 4 251 | Médiane, et la fourchette quand les ventes suffisent |
| Communes actives sous le seuil | 26 095 | Rien en propre : leurs ventes comptent dans le département |
La pyramide se lit de bas en haut. Les communes sous le seuil ne publient rien en leur nom, mais aucune vente ne disparaît : chacune remonte dans le total de son département, qui publie toujours, puis de sa région. Plus on monte, plus le volume grandit et plus le chiffre est stable ; plus on descend, plus le chiffre est local et plus il est fragile. Le bon niveau de lecture est le plus bas qui publie encore, pas le plus bas qui existe.
C’est aussi pourquoi le volume est une information en soi. Le classement des communes les plus actives est, de fait, le classement des communes dont les médianes sont les mieux assises : l’activité est le dénominateur de la fiabilité.
Élargir la fenêtre améliorerait-il les choses ?
Élargir la fenêtre pour couvrir plus de communes n’est pas une amélioration gratuite. Une commune qui compte trente ventes en cinq ans en compte trente, quelle que soit la façon de découper la période, et publier son prix déplace le risque de ré-identification dans le mauvais sens, précisément dans la population où il est le plus élevé.
C’est la raison pour laquelle ce site publie sur une seule fenêtre plutôt que d’en mélanger deux pour gonfler la couverture. Deux fenêtres dans un même jeu de pages produisent aussi des comparaisons fausses entre communes voisines, ce qui est un second problème.
Pourquoi ne pas estimer les communes muettes ?
L’autre façon de « couvrir » ces communes existe, et le web immobilier l’emploie largement : remplir le vide avec un modèle (la médiane des communes voisines, la tendance du département appliquée à la dernière vente connue). Le résultat ressemble à un prix, se compare à un prix, et n’en est pas un : c’est une hypothèse sur un marché, posée précisément là où la donnée ne permet pas de la vérifier.
Ce site publie des agrégats de ventes constatées, jamais des estimations. Quand une commune est muette, sa page renvoie donc au département, qui mesure, plutôt qu’à un voisin, qui suppose. La contrepartie est lisible : un lecteur qui trouve ailleurs un prix pour l’une de ces 26 095 communes actives sait, sans autre vérification, qu’il lit la sortie d’un modèle et non la trace d’un marché.
Que peut faire un lecteur ?
- Cherchez le nombre de ventes. Un site qui affiche un prix communal sans dire sur combien de ventes il repose a fait un choix, et ce n’est pas en votre faveur.
- Montez d’un cran quand la commune est muette. Le département publie, et une médiane départementale honnête vaut mieux qu’une médiane communale inventée.
- Méfiez-vous des prix trop précis sur les petites communes. Un chiffre au mètre carré près sur un marché de dix ventes annuelles est une illusion de précision.
Le reste de la démarche est dans comparer deux communes sans se tromper, et la couverture du registre lui-même dans ce que DVF contient. Chiffres arrêtés à décembre 2025.
Sources
- Article R112 A-3 du Livre des procédures fiscales, Légifrance
La condition de non-ré-identification indirecte, qui fait du seuil une question juridique et pas seulement statistique.
Vérifié le
- Demandes de valeurs foncières géolocalisées, Etalab et Direction générale des finances publiques
Licence Ouverte 2.0, complétée par les conditions d’utilisation de la DGFiP.
- Méthodologie IndexProp FR
Le seuil, l’intervalle et les cas où un chiffre est retenu plutôt que publié.
Voir dans les données
Les zones dont cet article lit les chiffres, avec leur médiane du moment.